Du prêt à manger en toute proximité


Le mode de vie urbain et l’exigence croissante de rapidité de la société moderne ont restreint le temps accordé par les Français à l’achat et à la préparation des repas. Ils aspirent à davantage de temps pour les loisirs et recherchent praticité et gain de temps concernant leurs prises alimentaires, qu’ils trouvent notamment dans la consommation d’aliments services (plats préparés, sandwichs, restauration et livraison à domicile…).

L’urbanisation croissante a eu en effet tendance à densifier l’habitat en périphérie des grandes villes tandis que ces dernières concentrent désormais l’essentiel du travail. Les jeunes générations ont ainsi vu leur durée de trajet domicile-travail s’allonger. Le temps accordé au repas du déjeuner s’est contracté, et les modes de restauration sur le lieu de travail tendent à la praticité. En dehors de leur lieu de travail, les consommateurs veulent s’accorder plus de loisirs, et cherchent là aussi à gagner du temps dans leurs courses et préparations alimentaires.

La cuisine d’assemblage
est une tendance qui se confirme : elle consiste à réaliser un repas complet en associant plusieurs éléments déjà préparés. Les aliments congelés (légumes par exemple), en conserve ou en sachet (salade, purée…) se prêtent particulièrement bien à cette pratique. Les plats préparés pour une consommation à domicile sont aussi une solution facile pour manger chez soi tout en gagnant du temps. L’offre s’est considérablement développée ces dernières années (dans toutes les gammes). Le succès des plats préparés est lié à l’évolution des technologies, notamment au niveau des emballages. Ils permettent, par exemple, une cuisson de légumes à la vapeur ou une cuisson de viande rouge au four à microondes. L’offre s’adapte ainsi aux contraintes des consommateurs.

La qualité nutritionnelle des plats préparés est souvent questionnée par les consommateurs qui les considèrent plus riches en sel, en matières grasses ou en sucres. D’après l’étude PERIscope 2015, 55% des personnes interrogées pour la France étaient d’accord avec le fait que les plats préparés étaient élaborés à partir d’ingrédients de mauvaise qualité, arrivant en tête des pays interrogés – Pays-Bas 24%, Allemagne 25%, Espagne et Royaume-Uni 35%, Etats-Unis 40%, Irlande 42% et Chine 49%. Ainsi, depuis 5 ans, au moins sont développés des plats préparés adaptés à des clientèles plus exigeantes souhaitant des produits plus sains (« moins de », « sans… »).

Du nomadisme au snacking
deux tendances qui permettent de se restaurer de manière rapide, mobile et souvent bon marché. Les traiteurs ou les boulangeries proposent depuis longtemps ce type d’offre (sandwichs, lunchbox, salade-repas…) tout comme les grandes surfaces alimentaires qui ont plus récemment développé un rayon snacking. L’essor de la « street food », au travers de commerçants non sédentaires (kiosques, food-trucks, triporteurs…), est caractéristique d’un élan vers le nomadisme, où le consommateur veut pouvoir se restaurer là où il se trouve (gares, aéroports, rues…).

Mais en toute proximité !
Malgré les modes de vie et quêtes permanentes de temps, les consommateurs privilégient la proximité en matière alimentaire, encourageant les productions locales, les produits régionaux et la vente directe et ce pour faire notamment aux inquiétudes liées à la mondialisation…
Dans un monde toujours plus globalisé et dans un contexte de croissance économique ralentie, les consommateurs recherchent davantage d’informations et de sécurité, en particulier en matière alimentaire. Ils cherchent donc à revenir à des « valeurs sûres », à retrouver des repères et du lien social.
En adéquation notamment avec la montée de leurs préoccupations en matière de développement durable, ils valorisent la proximité, qu’elle soit géographique, sociale, économique. Ils essaient de se nourrir à partir de productions locales, font primer les produits régionaux et les circuits courts tout en cherchant à limiter le nombre d’intermédiaires (marchés de producteurs, AMAP…).
Ils fréquentent de nouveau les primeurs des villes et les marchés forains. Ils entendent ainsi faire valoir la tradition (terroir), le respect de l’environnement (peu de transport), celui des producteurs (revenu et conditions de travail décents), voire celui des commerçants et des artisans de proximité. Ils font preuve de patriotisme économique et encouragent le développement de l’économie, de l’emploi et de l’agriculture locaux. Cette demande de produits locaux se traduit au niveau des collectivités par une forte volonté politique d’introduire ce type de produits en restauration collective, en particulier pour les enfants.

Le locavorisme
qui prône la consommation de nourriture produite dans un rayon restreint autour de son domicile (généralement moins de 150 km), est donc un mouvement qui a des motivations éthiques, mais pas uniquement. Cette tendance répond aussi à d’autres moteurs : exigence de goût et de fraîcheur, recherche d’une qualité non standardisée, besoin de relations humaines. Ainsi, proximité géographique et relationnelle sont fortement liées, mais induisent des pratiques d’achats différentes.

La recherche de proximité géographique s’explique essentiellement par trois volontés :
1. Soutenir l’économie locale voire nationale (patriotisme économique)
2. Maîtriser ses approvisionnements (défiance envers les produits importés ou non tracés)
3. Faire appel à des ressorts plus personnels, avec une recherche de goût et de qualité.

Dans les représentations des consommateurs, manger local répond aussi à une finalité plus écologique : des aliments produits localement auraient moins voyagé et ont donc moins contribué à la pollution de la planète.
Cette tendance de recherche de proximité devrait se poursuivre à l’horizon 2025, portée par l’essor des préoccupations éthiques relatives à l’environnement et à l’emploi local, ainsi que le refus grandissant d’une économie mondialisée et d’un monde perçu comme dangereux et instable.
Le développement de la vente directe et des circuits courts, qui prône l’absence ou un nombre limité d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, peut s’interpréter comme une forme de contestation de la société de consommation de masse. Avec l’essor des grandes et moyennes surfaces alimentaires, l’urbanisation grandissante de la société, le consommateur n’est plus en contact avec le producteur : il ne sait pas qui a fabriqué le produit qu’il achète et il n’a pas de possibilité d’interaction avec lui.

Les circuits courts ont été officiellement définis par le ministère de l’Agriculture comme un mode de commercialisation faisant intervenir au maximum un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Il existe donc deux systèmes : la vente directe exercée directement par le producteur et la vente indirecte quand un intermédiaire rentre en jeu (détaillant, grossiste, magasin de la grande distribution, restauration etc.).

Source: site du Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la forêt.

La vente directe devrait donc continuer à séduire davantage de consommateurs, inquiets du sort des producteurs et en quête d’interaction sociale. Elle pourra néanmoins être concurrencée par d’autres concepts liés au développement de l’économie collaborative.

Retrouvez l’intégralité de cette étude prospective sur les comportements alimentaires de demain qui vise à identifier les tendances de consommations pour mieux comprendre et anticiper l’évolution des pratiques alimentaires des consommateurs français : https://agriculture.gouv.fr/16-fiches-pour-mieux-apprehender-les-comportementsalimentaires-de-2025

Marc ANTOINE - Diététicien nutritionniste - Consultant externe du Pôle Qualité GEDAL